Le défi zéro dépense : règles, durée et comment le réussir

Un défi zéro dépense ne consiste pas à ne rien dépenser. C’est un règlement court, écrit à l’avance, qui rend visible chaque achat imprévu et envoie la différence vers l’épargne.

  • Le défi zéro dépense, c’est une période définie (un week-end, une semaine, un mois) sans dépense non essentielle. Loyer, factures, remboursements, courses sur liste et trajets pour le travail restent autorisés.
  • Écrivez les règles avant le premier jour : ce qui est essentiel, ce qui est plafonné, les exceptions déjà prévues. Sous la tentation, on a tendance à requalifier une envie en besoin.
  • Il n’existe pas de recherche solide sur ces défis eux-mêmes. Les travaux voisins, sur l’abstinence temporaire et l’« effet de licence », signalent deux risques : la grosse dépense « récompense » à la fin, et l’abandon après un seul écart.
  • L’économie ne compte que si l’argent bouge. Choisissez un objectif d’épargne avant de commencer et virez ce que vous n’avez pas dépensé, chaque semaine ou le dernier jour.

Ce qu’est le défi zéro dépense (et ce qu’il n’est pas)

Le principe : pendant une durée fixée, vous ne payez que ce qui est nécessaire pour vivre et travailler. Le reste attend. On parle aussi de no spend challenge ou de no buy, et, dans sa version assouplie, de low buy : on plafonne au lieu d’interdire.

Ce n’est pas une façon de dépenser zéro euro. Le loyer, l’électricité, le téléphone, les assurances et les mensualités de crédit continuent de partir. On continue de faire les courses. Ce qui s’arrête, c’est le flux des petits achats imprévus : repas livrés, cafés à emporter, vêtements, « je regarde juste » en ligne, gadgets, jeux, troisième abonnement vidéo.

Son intérêt tient moins à la somme économisée en 30 jours qu’à ce qu’il vous apprend. Quand chaque achat non essentiel demande une décision, vous voyez ceux qui vous manquent vraiment. La liste est souvent plus courte qu’on ne le pensait.

La pratique s’est répandue, surtout outre-Atlantique. Dans un sondage réalisé en mai 2025 par Qualtrics pour Intuit Credit Karma auprès de 1 015 adultes américains, 42 % disaient faire ou envisager un défi no buy, et 44 % un défi low buy. Motifs principaux : épargner (41 %), rembourser des dettes (37 %) et arriver à payer l’essentiel (30 %). C’est un sondage d’entreprise, pas une étude scientifique, mais il montre que l’idée est sortie des blogs.

Essentiel ou non essentiel : décider avant de commencer

C’est là que tout se joue. Une étude qualitative menée auprès de personnes endettées suivant un programme de désendettement, à partir de journaux de bord et d’entretiens, a montré que connaître la différence entre besoin et envie ne suffisait pas. Face à la tentation en magasin, les participants requalifiaient leurs envies en besoins pour justifier l’achat (Gilly et al., 2025, Journal of the Academy of Marketing Science). La leçon pratique : fixez vos catégories par écrit, à tête reposée, pas devant la caisse.

Classer chaque dépense avant le premier jour
PrévuImprévuBesoinEnvie
AutoriséFactures, loyer, crédits, courses sur liste, trajetsex. plein de courses de 90 € par semaine, abonnement de transport
Autorisé, mais notéUn vrai besoin que vous n’aviez pas vu venirex. médicament, réparation du vélo pour aller travailler
À trancher maintenantEngagements déjà pris, avec un montantex. dîner d’anniversaire d’une amie, plafonné à 35 €
La cibleTout ce que vise le défiex. repas livrés, achats impulsifs, vêtements, applis, « petits plaisirs »
Ce qui n’est pas dans l’une des trois premières cases avant le premier jour va dans la quatrième.

Quelques cas limites, avec une règle simple pour chacun :

  • Les courses : autorisées, sur liste. Les biscuits et plats préparés pris en passant, non. Notre guide du budget courses détaille la liste et le montant hebdomadaire.
  • Les cadeaux : si l’anniversaire est déjà dans l’agenda, mettez-le dans la case « prévu » avec un montant fixe.
  • Les enfants : frais de scolarité, cantine et activités prévues sont des besoins. Jouets et friandises suivent les mêmes règles que vous.
  • Remplacer un objet cassé : autorisé s’il vous sert pour le travail ou la sécurité, en choisissant l’option la moins chère qui fait l’affaire.

Choisir sa formule : week-end, semaine, mois ou catégorie

FormuleDuréePour quiPoint de vigilance
Week-end zéro dépense2 joursUn premier essai, ou réduire les loisirs du week-endReporter les achats au lundi
Semaine zéro dépense7 joursTester ses règles avant un défi plus longLa semaine de paie paraît plus facile qu’elle ne l’est
Mois zéro dépense30 joursDécouvrir les habitudes qui manquent vraimentLassitude en semaine 3, craquage le 31e jour
Défi par catégorie30 jours ou plusUn seul poste : pas de livraison, pas de vêtements, pas d’achats en ligneLa dépense se déplace vers une autre catégorie
Mois « petit budget » (low buy)30 joursUn plafond plutôt qu’une interdictionUn plafond trop haut ne change rien

Week-end zéro dépense

Durée2 jours

Pour quiUn premier essai, ou réduire les loisirs du week-end

Point de vigilanceReporter les achats au lundi

Semaine zéro dépense

Durée7 jours

Pour quiTester ses règles avant un défi plus long

Point de vigilanceLa semaine de paie paraît plus facile qu’elle ne l’est

Mois zéro dépense

Durée30 jours

Pour quiDécouvrir les habitudes qui manquent vraiment

Point de vigilanceLassitude en semaine 3, craquage le 31e jour

Défi par catégorie

Durée30 jours ou plus

Pour quiUn seul poste : pas de livraison, pas de vêtements, pas d’achats en ligne

Point de vigilanceLa dépense se déplace vers une autre catégorie

Mois « petit budget » (low buy)

Durée30 jours

Pour quiUn plafond plutôt qu’une interdiction

Point de vigilanceUn plafond trop haut ne change rien

Si c’est votre premier défi, commencez par un week-end ou une semaine. Un mois aux règles floues produit un écart au 4e jour et un sentiment d’échec. Une semaine aux règles claires produit des informations utiles.

Le moment compte aussi. Dans un article publié en 2014 dans Management Science, Hengchen Dai, Katherine Milkman et Jason Riis ont montré que les « repères temporels » (début de semaine, de mois, d’année, anniversaire) étaient suivis de plus de comportements tournés vers les objectifs : davantage de recherches Google sur le mot « diet », de passages à la salle de sport, d’engagements pris. Commencer un lundi ou le 1er du mois donne un petit coup de pouce, pas une garantie.

Un suivi sur 30 jours à imprimer

Imprimez ou recopiez ce tableau. Cochez chaque soir, en dix secondes. Deux jokers sont permis : un jour prévu hors règles (un mariage, un voyage), noté comme tel plutôt que caché.

DÉFI ZÉRO DÉPENSE — 30 JOURS          DÉBUT : __ / __      FIN : __ / __

Objectif pour l’argent non dépensé : ______________   Montant visé : ______ €
Autorisé (besoins) : _____________________________________________
Autorisé avec plafond (poste + montant) : _________________________
Exceptions prévues (poste + montant) : ____________________________
Jokers : 2

Chaque soir :  ✓ aucune dépense non essentielle   ★ joker   ✗ écart

SEMAINE 1   J1 [ ]  J2 [ ]  J3 [ ]  J4 [ ]  J5 [ ]  J6 [ ]  J7 [ ]   viré : ____ €
SEMAINE 2   J8 [ ]  J9 [ ]  J10[ ]  J11[ ]  J12[ ]  J13[ ]  J14[ ]   viré : ____ €
SEMAINE 3   J15[ ]  J16[ ]  J17[ ]  J18[ ]  J19[ ]  J20[ ]  J21[ ]   viré : ____ €
SEMAINE 4   J22[ ]  J23[ ]  J24[ ]  J25[ ]  J26[ ]  J27[ ]  J28[ ]   viré : ____ €
FIN         J29[ ]  J30[ ]                                          viré : ____ €

Écarts (quoi, combien, pourquoi) : _________________________________
Ce qui m’a le plus manqué : ________________________________________
Ce qui ne m’a pas manqué du tout : __________________________________

TOTAL VIRÉ SUR L’ÉPARGNE : ______ €

Une vue « habitudes » fonctionne aussi. Voici une semaine, avec un joker le 3e jour pour un dîner prévu :

Semaine 2 d’un mois zéro dépense
LMMJVSDSérie
Aucune dépense non essentielle✓✓★✓✓✓2 j
Noter chaque achat✓✓✓✓✓✓✓7 j
Virer l’économie du jour✓✓✓✓✓✓1 j

✓ fait · ★ joker (jour de repos prévu) · vide : pas fait

Le joker du 3e jour était prévu : il ne casse pas la série. L’écart du 5e jour la casse, mais n’arrête pas le défi.

Ce que dit la recherche sur l’abstinence temporaire et l’effet rebond

Soyons clairs : nous n’avons trouvé aucune étude contrôlée sur les défis zéro dépense. Ce qui existe est indirect.

Les résultats déclarés sont mitigés. Dans le sondage Credit Karma, la réponse la plus fréquente des participants à la question « combien avez-vous économisé ? » était : rien du tout (25 %), l’argent étant absorbé par les dépenses courantes. Un défi ne libère de l’argent que si l’essentiel est déjà couvert, et seulement si on le met de côté.

Une pause temporaire n’entraîne pas forcément de rebond. La comparaison la mieux étudiée concerne l’alcool, pas l’argent. Dans une étude portant sur 857 adultes britanniques participant au Dry January, les participants déclaraient boire moins six mois plus tard, qu’ils aient tenu le mois ou non ; très peu disaient boire davantage (de Visser, Robinson et Bond, 2016). Les dépenses ne se comportent pas forcément de la même façon : c’est une piste, pas une preuve.

L’« effet de licence » est bien documenté. Dans cinq études, Uzma Khan et Ravi Dhar (2006) ont montré qu’un premier choix vertueux rendait plus probable un choix de plaisir ensuite. Dans un mois zéro dépense, le danger, c’est l’achat « je l’ai bien mérité » du 31e jour qui efface l’économie. Décidez à l’avance de la récompense, et de son prix.

Les règles du tout ou rien peuvent se retourner après un écart. La recherche sur les régimes soutient depuis longtemps qu’une restriction rigide peut basculer dans l’excès une fois la règle enfreinte (Polivy et Herman, 1985). L’équivalent pour l’argent : « j’ai déjà acheté un café, la journée est fichue ». C’est pour cela que le tableau compte les écarts au lieu de tout remettre à zéro, et que les jokers existent.

Où va l’argent : fixer l’objectif d’abord

Un défi qui se termine avec l’argent resté sur le compte courant se termine en général avec l’argent dépensé. Choisissez sa destination avant le premier jour :

  1. Une épargne de précaution, si vous n’en avez pas. Voir notre guide de l’épargne de précaution.
  2. Une dette coûteuse, si vous payez des intérêts élevés. Notre guide pour rembourser ses dettes aide à choisir l’ordre.
  3. Une dépense prévisible, comme l’assurance auto ou la rentrée scolaire, grâce aux provisions pour dépenses prévues.

Virez chaque semaine si vous le pouvez : l’objectif reste visible, et un gros solde ne vous tente pas le 30e jour. Si vous cherchez une méthode d’épargne sur toute l’année plutôt qu’un mois intense, le défi des 52 semaines est un bon complément.

Exemple chiffré : le mois zéro dépense de Léa

Léa vit à Liège. Sur les trois derniers mois, ses dépenses non essentielles ont atteint 380 € par mois en moyenne : repas livrés 110 €, vêtements 80 €, cafés et en-cas 50 €, achats en ligne 90 €, sorties 50 €. Ses dépenses essentielles (loyer, factures, transports, courses sur liste) ne bougent pas.

Avant le premier jour, elle écrit ses règles : courses sur liste uniquement, une exception prévue (le dîner d’anniversaire d’une amie, plafonné à 30 €) et deux jokers. Son objectif : une épargne de précaution de 3 000 €, qui contient déjà 750 €.

À la fin du mois, elle a dépensé 52 € en non-essentiel : le dîner à 30 € et 22 € en deux écarts (un sandwich un jour de fatigue, une coque de téléphone). Elle a donc évité 380 € − 52 € = 328 €, virés en quatre fois sur son épargne de précaution, qui atteint 1 078 € sur 3 000 €.

Le plus utile est ailleurs. Les sorties lui ont manqué ; les achats en ligne, pas du tout. Le mois suivant, elle passe à un mois « petit budget » avec un plafond de 230 € pour le non-essentiel. Cela libère 380 € − 230 € = 150 € par mois, soit 1 800 € sur un an, sans un mois de règles strictes.

Suivre le défi sans compter sur la volonté

Binome360 réunit les trois éléments dans une même conversation : le défi sous forme d’habitude, avec un message de bilan le soir et des séries (avec des jokers pour les jours de pause prévus), l’objectif d’épargne avec sa barre de progression, et un rappel pour le virement de la semaine. Tout est d’abord préparé, puis enregistré seulement quand vous confirmez. L’application ne se connecte pas à votre banque et ne déplace jamais d’argent : le virement, c’est vous qui le faites.

Bilan du soir, 12e jour
Mon binômeBinome360

12e jour de votre mois zéro dépense. Une dépense non essentielle aujourd’hui ?

Aucune. J’ai pris ma gamelle au lieu de manger dehors, mets 9 € sur l’épargne de précaution.

C’est préparé : habitude « Zéro dépense non essentielle » cochée pour aujourd’hui, et 9 € ajoutés à l’objectif Épargne de précaution. J’enregistre les deux ?

Épargne de précaution900 € / 3 000 €30 % atteintsConfirmerModifier

Rien n’est enregistré sans votre confirmation.

Créer une habitude zéro dépense

Pour aller plus loin sur le suivi quotidien, voyez notre guide du habit tracker.

Questions fréquentes

Les courses sont-elles autorisées pendant un défi zéro dépense ?

Oui, dans presque toutes les versions. Se nourrir, payer ses factures et aller travailler sont des besoins. Ce qui change, c’est la manière de faire les courses : sur une liste écrite, avec un montant par semaine, sans ajouts pris en passant.

Combien de temps doit durer un défi zéro dépense ?

Commencez par un week-end ou une semaine pour tester vos règles. Un mois donne le plus d’informations sur vos habitudes. Au-delà, un fonctionnement « petit budget » avec des plafonds tient en général mieux qu’une interdiction stricte.

Que faire si je craque ?

Notez ce que vous avez acheté, combien et pourquoi, puis continuez. Un écart n’annule pas vingt bonnes journées. Si la même catégorie revient sans cesse, c’est peut-être un vrai besoin oublié dans vos règles, ou le prochain poste à travailler.

Le défi zéro dépense fait-il vraiment économiser ?

À deux conditions : que vos revenus couvrent déjà l’essentiel, et que vous mettiez de côté, sur un objectif séparé, ce que vous n’avez pas dépensé. Sans ce virement, l’argent a tendance à être absorbé par d’autres dépenses.

En résumé

Un défi zéro dépense marche quand ses règles sont écrites avant le premier jour, quand un écart est compté plutôt que vécu comme un échec, et quand chaque euro non dépensé part vers un objectif nommé. Les preuves sur ces défis sont minces : traitez-le comme une expérience sur vos propres habitudes. Première action : listez vos dépenses non essentielles du mois dernier et choisissez une date de départ, le prochain lundi ou le 1er du mois.

Sources

  • Intuit Credit Karma, « Americans are embracing ‘no-buy’ or ‘low-buy’ challenges to rein in spending », 4 juin 2025 (sondage Qualtrics auprès de 1 015 adultes américains, 13-18 mai 2025) : creditkarma.com.
  • Mary C. Gilly, Mary Finley Celsi, Stephanie Dellande, Hope Jensen Schau, Russel Nelson et Chin-May Aradhye, « Trying not to spend », Journal of the Academy of Marketing Science, 53(5), 1506-1526, 2025 : doi.org/10.1007/s11747-025-01091-8.
  • Hengchen Dai, Katherine L. Milkman et Jason Riis, « The fresh start effect: temporal landmarks motivate aspirational behavior », Management Science, 60(10), 2563-2582, 2014 : doi.org/10.1287/mnsc.2014.1901.
  • Richard O. de Visser, Emily Robinson et Rod Bond, « Voluntary temporary abstinence from alcohol during “Dry January” and subsequent alcohol use », Health Psychology, 35(3), 281-289, 2016 : doi.org/10.1037/hea0000297.
  • Uzma Khan et Ravi Dhar, « Licensing effect in consumer choice », Journal of Marketing Research, 43(2), 259-266, 2006 : doi.org/10.1509/jmkr.43.2.259.
  • Janet Polivy et C. Peter Herman, « Dieting and binging: a causal analysis », American Psychologist, 40(2), 193-201, 1985 : doi.org/10.1037//0003-066x.40.2.193.

Également disponible en English.