Calculer son reste à vivre : formule, exemples et seuils des banques

Ce qui vous reste une fois les charges fixes payées : un chiffre simple, mais chacun le calcule à sa façon.

  • Reste à vivre = revenus nets du mois − charges fixes du mois. C’est l’argent disponible pour la nourriture, les déplacements du quotidien, les imprévus et l’épargne.
  • Il n’existe pas de définition unique : votre banque, la commission de surendettement et une application de budget ne mettent pas les mêmes charges dans le calcul.
  • En crédit immobilier, la règle écrite est un taux d’effort de 35 % maximum (HCSF). Le reste à vivre s’y ajoute, apprécié au cas par cas : aucune banque ne publie de seuil officiel.
  • En surendettement, la loi fixe un plancher : la part laissée au ménage ne peut pas être inférieure au montant forfaitaire du RSA, soit 651,69 € pour une personne seule depuis le 1er avril 2026.
  • Pour comparer des foyers de tailles différentes, divisez par les unités de consommation de l’Insee plutôt que par le nombre de personnes.

Ce que « reste à vivre » veut dire

L’expression désigne ce qui reste sur le compte une fois payées les dépenses qu’on ne peut pas éviter à court terme : logement, énergie, assurances, crédits, abonnements, frais de garde. C’est avec ce montant que vous faites les courses, payez l’essence, habillez les enfants et, si possible, épargnez.

Le terme n’a pas de définition légale générale. Trois usages coexistent :

Qui calculeCe qu’on retire des revenusPour quoi faire
Vous, ou une application de budgetLes charges fixes et contraintesSavoir combien dépenser chaque mois
La banque, pour un créditLes mensualités de crédit (dont le nouveau prêt) et souvent le logementVérifier que le foyer peut vivre après remboursement
La commission de surendettementLes dépenses courantes du ménage, en partie au réel, en partie au forfaitFixer ce qui peut aller aux créanciers

Vous, ou une application de budget

Ce qu’on retire des revenusLes charges fixes et contraintes

Pour quoi faireSavoir combien dépenser chaque mois

La banque, pour un crédit

Ce qu’on retire des revenusLes mensualités de crédit (dont le nouveau prêt) et souvent le logement

Pour quoi faireVérifier que le foyer peut vivre après remboursement

La commission de surendettement

Ce qu’on retire des revenusLes dépenses courantes du ménage, en partie au réel, en partie au forfait

Pour quoi faireFixer ce qui peut aller aux créanciers

L’Insee utilise une notion voisine, les dépenses pré-engagées : les dépenses réalisées dans le cadre d’un contrat difficilement renégociable à court terme (logement, eau, énergie, télécommunications, cantine, assurances hors assurance-vie, services financiers). Le revenu disponible moins ces dépenses donne le revenu arbitrable. C’est, à peu de chose près, le reste à vivre des statisticiens.

Si vous suivez déjà un budget mensuel, le reste à vivre en est la deuxième ligne : ce qui rentre, moins ce qui part automatiquement.

La formule, ligne par ligne

Reste à vivre = revenus nets mensuels − charges fixes mensuelles

Côté revenus, comptez ce qui arrive réellement sur le compte : salaires nets après prélèvement à la source, pensions, allocations (CAF, chômage), pension alimentaire reçue, revenus locatifs. Pour un revenu irrégulier, prenez la moyenne des douze derniers mois, ou mieux, le mois le plus faible.

Côté charges fixes, mettez tout ce qui part sans que vous décidiez :

  • loyer ou mensualité de crédit immobilier, charges de copropriété ;
  • électricité, gaz, eau ;
  • assurances (habitation, auto, emprunteur) et mutuelle ;
  • crédits à la consommation, crédit auto, paiements en plusieurs fois ;
  • internet, téléphone, abonnements ;
  • frais de garde, cantine ;
  • impôts mensualisés (taxe foncière, par exemple) ;
  • pension alimentaire versée.

Ramenez au mois les charges annuelles ou trimestrielles : une assurance auto de 540 € par an compte pour 45 € par mois. Les dépenses qui reviennent sans être mensuelles, comme les cadeaux ou la révision de la voiture, se gèrent mieux avec des provisions.

Trois exemples chiffrés

Léa, seule, à Nantes. Salaire net : 1 900 €.

Charges fixesMontant
Loyer650 €
Électricité et gaz70 €
Internet et mobile40 €
Assurance habitation et mutuelle60 €
Abonnement de transport50 €
Crédit auto180 €
Total1 050 €

Loyer

Montant650 €

Électricité et gaz

Montant70 €

Internet et mobile

Montant40 €

Assurance habitation et mutuelle

Montant60 €

Abonnement de transport

Montant50 €

Crédit auto

Montant180 €

Total

Montant1 050 €

Reste à vivre : 1 900 − 1 050 = 850 €, soit environ 28 € par jour sur un mois de 30 jours.

Karim et Sofia, en couple sans enfant, à Lille. Revenus nets : 2 400 € + 1 700 € = 4 100 €. Charges : crédit immobilier assurance comprise 1 150 €, énergie 130 €, eau 35 €, assurances 110 €, internet et mobiles 65 €, taxe foncière mensualisée 90 €, transports 120 €. Total : 1 700 €. Reste à vivre : 4 100 − 1 700 = 2 400 €.

Aminata et Paul, deux enfants de 4 et 9 ans, à Lyon. Revenus : 2 100 € + 1 600 € de salaires nets et 200 € de prestations familiales (montant d’exemple), soit 3 900 €. Charges : loyer 1 050 €, énergie 160 €, eau 40 €, assurances 140 €, garde et cantine 280 €, internet et mobiles 70 €, transports 150 €, crédit à la consommation 210 €. Total : 2 100 €. Reste à vivre : 3 900 − 2 100 = 1 800 €.

Le mois d’Aminata et Paul (3 900 € de revenus)
  • Logement et énergie32 %1 250 €Loyer, énergie, eau
  • Autres charges fixes22 %850 €Assurances, garde, télécoms, transports, crédit
  • Reste à vivre46 %1 800 €Courses, vêtements, loisirs, imprévus, épargne
1 250 + 850 + 1 800 = 3 900 €. Pourcentages arrondis.

Par personne ou par unité de consommation ?

Diviser le reste à vivre par le nombre de personnes est tentant, mais trompeur : deux adultes ne dépensent pas deux fois plus qu’un seul, et un enfant de 4 ans coûte moins qu’un adolescent. L’Insee compte en unités de consommation (UC) : 1 pour le premier adulte, 0,5 pour chaque autre personne de 14 ans ou plus, 0,3 pour chaque enfant de moins de 14 ans.

FoyerReste à vivreUCPar UC
Léa850 €1850 €
Karim et Sofia2 400 €1,51 600 €
Aminata, Paul et deux enfants1 800 €2,1857,14 €

Léa

Reste à vivre850 €

UC1

Par UC850 €

Karim et Sofia

Reste à vivre2 400 €

UC1,5

Par UC1 600 €

Aminata, Paul et deux enfants

Reste à vivre1 800 €

UC2,1

Par UC857,14 €

Par personne, la famille n’aurait que 450 € chacun ; par UC, elle est au niveau de Léa. Aucun organisme officiel ne publie de reste à vivre « normal » par UC. Pour un ordre de grandeur, l’Unaf chiffre chaque mois des budgets-types pour vivre décemment : en décembre 2025, 3 701,67 € par mois pour un couple avec deux garçons de 6 à 13 ans, dont 940,92 € de logement. C’est un budget complet, pas un reste à vivre, mais il aide à voir si le vôtre est réaliste.

Ce que regardent les banques pour un crédit

Depuis le 1er janvier 2022, une décision du Haut Conseil de stabilité financière (HCSF) s’impose aux banques pour les crédits immobiliers : un taux d’effort de 35 % maximum, assurance emprunteur comprise, et une durée de 25 ans au plus. Les banques peuvent déroger pour 20 % de leur production trimestrielle, en priorité pour l’achat d’une résidence principale et les primo-accédants.

Le taux d’effort se calcule ainsi : charges de crédit ÷ revenus nets. Pour Karim et Sofia : 1 150 ÷ 4 100 = 28,05 %. Ils sont sous la barre.

Le reste à vivre, lui, n’est fixé par aucun texte pour les crédits. Les banques l’examinent en pratique pour juger si le foyer pourra vivre après la mensualité, surtout dans deux cas : les petits revenus, où 35 % laissent trop peu, et les dossiers au-delà de 35 %, où un reste à vivre confortable peut justifier une dérogation. Chaque établissement a ses propres grilles, non publiées. Méfiez-vous des montants « exigés par les banques » que l’on trouve en ligne : ce sont des estimations de courtiers, pas des règles.

En surendettement : le minimum fixé par la loi

Si vos dettes dépassent durablement vos moyens, la commission de surendettement de la Banque de France calcule ce que vous pouvez rembourser. Trois règles encadrent ce calcul :

  1. La part des ressources nécessaire aux dépenses courantes du ménage ne peut être inférieure au montant forfaitaire du RSA applicable au foyer (Code de la consommation, article L731-2). Elle couvre le logement, l’énergie, l’eau, la nourriture, la scolarité, la garde, les déplacements professionnels et la santé.
  2. Le montant des remboursements est calculé par référence au barème des saisies sur salaire (articles L731-1 et R731-1).
  3. Il ne peut jamais dépasser ressources réelles − RSA forfaitaire (article R731-1). La commission tient compte de l’ensemble des dépenses courantes (article R731-2), en partie au réel (loyer notamment) et en partie au forfait.
Les repères légaux en 2026
651,69 €RSA forfaitaire, personne seule, depuis le 1er avril 2026service-public.gouv.fr, 2026
977,54 €RSA forfaitaire, couple sans enfantservice-public.gouv.fr, 2026
1 740 €par an et par personne à charge, ajoutés aux tranches du barème de saisieDécret n° 2025-1299, 2026

Le calcul pour Léa, si elle déposait un dossier. Ressources annuelles : 1 900 × 12 = 22 800 €. Barème 2026 (sans personne à charge) :

Tranche annuelleFractionPart saisissable
Jusqu’à 4 480 €1/20224,00 €
4 480 à 8 730 €1/10425,00 €
8 730 à 13 000 €1/5854,00 €
13 000 à 17 230 €1/41 057,50 €
17 230 à 21 470 €1/31 413,33 €
21 470 à 22 800 €2/3886,67 €
Total4 860,50 €

Jusqu’à 4 480 €

Fraction1/20

Part saisissable224,00 €

4 480 à 8 730 €

Fraction1/10

Part saisissable425,00 €

8 730 à 13 000 €

Fraction1/5

Part saisissable854,00 €

13 000 à 17 230 €

Fraction1/4

Part saisissable1 057,50 €

17 230 à 21 470 €

Fraction1/3

Part saisissable1 413,33 €

21 470 à 22 800 €

Fraction2/3

Part saisissable886,67 €

Total

Fraction

Part saisissable4 860,50 €

Soit 405,04 € par mois au maximum. Le plafond légal, 1 900 − 651,69 = 1 248,31 €, est plus haut : c’est donc le barème qui limite. Léa garderait au moins 1 494,96 € par mois, et la commission peut retenir moins si ses dépenses courantes réelles le justifient. Ce calcul est une illustration : seule la commission fixe la capacité de remboursement, et un juge peut être saisi en cas de désaccord.

Beaucoup de sites confondent ce plancher légal avec un « reste à vivre CAF » : la CAF ne publie pas de seuil de ce nom. Le chiffre qui compte en surendettement, c’est le RSA forfaitaire de votre foyer.

Comment augmenter son reste à vivre

Le reste à vivre bouge par deux leviers : les revenus et les charges fixes. Les charges fixes sont souvent les plus faciles à réduire, car un effort fait une fois rapporte chaque mois.

Cinq pistes, de la plus rapide à la plus lourde
  1. 1
    Faire le tri des abonnementsRelevez trois mois de prélèvements et résiliez ce qui ne sert plus. Trois abonnements à 12 € rendent 36 € par mois.
  2. 2
    Remettre les assurances en concurrenceDepuis le 1er septembre 2022 (loi Lemoine), l’assurance d’un crédit immobilier peut être changée à tout moment, à garanties équivalentes.
  3. 3
    Vérifier vos droitsLe simulateur public mes-droits-sociaux.gouv.fr estimera en quelques minutes les aides auxquelles vous pourriez avoir droit.
  4. 4
    Attaquer les petits créditsRembourser d’abord un crédit court libère une mensualité entière. Méthodes comparées dans notre guide pour rembourser ses dettes.
  5. 5
    Demander de l’aide tôtUn Point conseil budget accompagne gratuitement ; la procédure de surendettement de la Banque de France est gratuite elle aussi.
Évitez le rachat de crédits pris dans l’urgence : il baisse la mensualité mais allonge souvent la durée et le coût total.

Si le reste à vivre est déjà presque nul et que le compte passe dans le rouge chaque mois, commencez par notre guide pour sortir du découvert : il détaille le plan de trésorerie semaine par semaine et les aides gratuites. Si ce sont les crédits qui pèsent, voyez rembourser ses dettes.

Suivre son reste à vivre au fil du mois

Le calcul du début de mois ne suffit pas : le reste à vivre fond au fil des courses et des pleins. L’application gratuite Pilote Budget, proposée par le site public Mes questions d’argent, le calcule à partir de vos charges fixes.

Avec Binome360, vous enregistrez vos charges fixes comme opérations récurrentes, puis vous notez chaque dépense en une phrase ou à la voix. Un budget par catégorie montre ce qu’il reste pour les courses ou les sorties. L’application ne se connecte pas à votre banque : c’est vous qui notez, et rien n’est enregistré sans votre confirmation.

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Questions fréquentes

Quel est le reste à vivre minimum pour une personne seule ?

En surendettement, le plancher légal est le montant forfaitaire du RSA : 651,69 € par mois pour une personne seule depuis le 1er avril 2026. Pour un crédit, aucun minimum n’est fixé par la loi ; chaque banque apprécie selon son analyse du dossier.

Le reste à vivre inclut-il les courses ?

Non. Les courses se paient avec le reste à vivre, elles ne se retirent pas avant. C’est pour cela qu’il doit couvrir au minimum l’alimentation, l’hygiène, les vêtements et les déplacements du quotidien.

Comment les banques calculent-elles le reste à vivre ?

En général, revenus nets moins toutes les mensualités de crédit, nouveau prêt compris, et parfois moins le loyer actuel s’il continue. Les méthodes et les seuils varient d’un établissement à l’autre et ne sont pas publiés. Seul le taux d’effort de 35 % est une règle commune.

Quelle différence entre reste à vivre et taux d’endettement ?

Le taux d’endettement est un pourcentage (crédits ÷ revenus), le reste à vivre un montant en euros. Avec 35 % d’endettement, 1 500 € de revenus laissent 975 € ; 6 000 € en laissent 3 900 €. Même taux, vie très différente : d’où l’intérêt de regarder les deux.

En résumé

Le reste à vivre, c’est vos revenus nets moins vos charges fixes : un seul calcul, mais dont les règles changent selon qu’il s’agit de votre budget, d’un crédit ou d’un dossier de surendettement. Connaître le vôtre, et le comparer par unité de consommation, dit plus sur votre marge de manœuvre qu’un pourcentage. Première action : listez ce soir tous vos prélèvements du mois et soustrayez-les de votre dernier salaire.

Sources

  • Code de la consommation, article L731-1 (montant des remboursements par référence à la quotité saisissable) : legifrance.gouv.fr.
  • Code de la consommation, article L731-2 (part des ressources au moins égale au RSA forfaitaire) : legifrance.gouv.fr.
  • Code de la consommation, articles R731-1 et R731-2 : legifrance.gouv.fr et legifrance.gouv.fr.
  • Décret n° 2025-1299 du 24 décembre 2025 révisant le barème des saisies et cessions des rémunérations (en vigueur le 1er janvier 2026) : legifrance.gouv.fr.
  • Service-public.gouv.fr, « Revenu de solidarité active (RSA) », montants au 1er avril 2026 : service-public.gouv.fr.
  • Banque de France, « Foire aux questions dossier de surendettement » : banque-france.fr.
  • Haut Conseil de stabilité financière, décision n° D-HCSF-2021-7 du 29 septembre 2021 relative aux conditions d’octroi de crédit immobilier : economie.gouv.fr.
  • Insee, définitions « Dépenses pré-engagées », « Revenu arbitrable » et « Unité de consommation » : insee.fr, insee.fr, insee.fr.
  • Unaf, « Budget Type Famille A : un homme, une femme, deux garçons âgés de 6 à 13 ans », données de décembre 2025 : unaf.fr.
  • Ministère de l’Économie, « Achat immobilier : pouvez-vous changer d’assurance emprunteur ? » (loi Lemoine) : economie.gouv.fr.
  • Mes questions d’argent, « Pilote Budget : application mobile pour gérer son budget » : mesquestionsdargent.fr.
  • Simulateur public des aides sociales : mes-droits-sociaux.gouv.fr.
  • Ministère des Solidarités, « Point conseil budget (PCB) » : solidarites.gouv.fr.
  • Calculs Binome360 pour les exemples chiffrés (cas fictifs), octobre 2026.

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