Prise de notes : 5 méthodes efficaces et comment choisir

La bonne méthode dépend de ce que vous écoutez, pas de votre « profil ». Et ce qui compte le plus se passe après : relire en se testant.

  • Les cinq méthodes classiques de prise de notes sont la méthode Cornell, le plan hiérarchique, la carte mentale, le tableau et la méthode des phrases. Aucune n’est la meilleure partout.
  • Choisissez selon la structure de ce que vous écoutez : un exposé bien construit appelle un plan, une comparaison appelle un tableau, un débat désordonné appelle des phrases courtes.
  • Prendre des notes aide un peu à retenir, les relire aide davantage. Une méta-analyse de 57 études trouve un effet modeste de la seule prise de notes (d = 0,22).
  • La relecture la plus efficace consiste à se tester : cacher ses notes et répondre de mémoire. C’est exactement ce que prévoit la colonne de gauche de la méthode Cornell.
  • En réunion comme dans la vie courante, une note n’a de valeur que si elle se termine par une action, un responsable et une date.

D’où viennent ces méthodes

La plus connue, la méthode Cornell, a été mise au point dans les années 1950 par Walter Pauk, qui dirigeait le centre d’aide aux études de l’université Cornell (États-Unis). Il l’a diffusée dans How to Study in College, publié en 1962 chez Houghton Mifflin et toujours réédité : le magazine des anciens de Cornell signale une 11e édition, cosignée avec Ross J. Q. Owens.

Les quatre autres méthodes sont moins attachées à un auteur. Les centres d’aide aux étudiants des universités américaines les présentent souvent ensemble : Rutgers, par exemple, liste Cornell, plan (outline), carte (mapping), tableau (charting) et phrases (sentence). La carte mentale doit son nom à Tony Buzan, qui a présenté le terme mind map dans sa série télévisée de la BBC Use Your Head, en 1974.

Un mot sur les « styles d’apprentissage ». Beaucoup d’articles conseillent la carte mentale aux « visuels » et l’enregistrement aux « auditifs ». En 2008, Harold Pashler et ses collègues ont passé cette idée en revue pour la revue Psychological Science in the Public Interest : ils n’ont trouvé pratiquement aucune preuve qu’adapter la méthode au style préféré d’une personne améliore ses résultats. Choisissez donc selon le contenu, pas selon un profil.

Les 5 méthodes, une par une

1. La méthode Cornell. Vous divisez la page en trois zones : une grande colonne de notes à droite (environ 15 cm, soit les 6 pouces d’origine), une colonne d’indices à gauche (environ 6 cm) et un bandeau de résumé en bas. Pendant le cours, vous écrivez à droite. Après, vous notez à gauche des questions ou des mots-clés, puis vous résumez la page en deux ou trois phrases. Pour réviser, vous cachez la colonne de droite et répondez aux questions de gauche à voix haute. Idéale pour tout ce que vous devrez restituer : un cours, une formation, un livre.

2. Le plan (outline). Titres, sous-titres, tirets décalés : 1, 1.1, 1.2, puis 2. Rapide à relire, il montre la hiérarchie des idées. Il suppose que l’orateur suit lui-même un plan clair ; s’il saute d’un sujet à l’autre, votre plan devient un fouillis.

3. La carte mentale (mapping). Le sujet au centre, les grandes idées en branches, les détails en sous-branches. Elle montre les liens entre idées et tient sur une page. Excellente pour préparer un projet, un exposé ou un déménagement ; plus difficile à suivre en direct quand le débit est rapide, faute de place.

4. Le tableau (charting). Des colonnes décidées à l’avance (par exemple : option, prix, avantages, limites) et une ligne par élément. Parfait pour comparer trois devis de plombier, des forfaits téléphoniques ou des périodes historiques. Il faut connaître les catégories avant de commencer.

5. Les phrases (sentence). Une idée par ligne, en phrase courte, numérotée. C’est la méthode de secours quand tout va vite et que la structure n’apparaît pas : un débat, une réunion animée, une consultation où l’on vous donne beaucoup de consignes. Inconvénient : les idées principales et secondaires se mélangent, il faut retravailler après.

Quelle méthode pour quel contenu ?
Contenu bien structuréContenu désordonné ou rapideÀ apprendre ou restituerÀ décider ou agir
Cornell ou planLe plan suit l’orateur, la colonne de questions prépare la révision.Cours de droit, formation sécurité, livre
Phrases, puis CornellUne idée par ligne sur le moment, questions et résumé ajoutés le soir même.Conférence rapide, cours sans support
TableauColonnes fixées à l’avance, une ligne par option.Comparer trois devis, trois crèches, trois forfaits
Phrases + actionsUne ligne par point, et une section finale « qui fait quoi, pour quand ».Réunion d’équipe, rendez-vous à la banque, assemblée de copropriété
Si vous hésitez : phrases courtes pendant, tri et questions après. C’est la combinaison la plus robuste.

Ce que dit la recherche

La psychologie distingue depuis longtemps deux fonctions des notes. Kenneth Kiewra les résume en 1985 dans Educational Psychologist : prendre des notes aide en soi (on traite l’information en l’écrivant), et relire ses notes apporte un bénéfice supplémentaire.

La première fonction est réelle mais modeste. Kobayashi a regroupé en 2005 57 études comparant des personnes qui prenaient des notes à d’autres qui écoutaient seulement : l’effet moyen est petit à moyen (d = 0,22). Dans une seconde méta-analyse (2006, 33 études), le même chercheur trouve des effets « substantiels » quand on combine prise de notes et relecture.

Relire, oui, mais comment ? En 2011, Jeffrey Karpicke et Janell Blunt ont comparé, chez 80 étudiants, la construction d’une carte conceptuelle et le rappel libre (écrire de mémoire tout ce qu’on a retenu, puis relire et recommencer), à temps d’étude égal. Une semaine plus tard, le groupe « rappel » obtenait 67 % de bonnes réponses contre 45 % pour le groupe « carte ». La carte n’est pas inutile : elle faisait mieux qu’une seule lecture. Mais se tester faisait mieux encore.

Deux nuances. D’abord, les notes que l’on prend seul sont souvent incomplètes : Kiewra montrait dès 1985 que les étudiants qui relisent aussi les notes de l’enseignant réussissent mieux. Ensuite, recopier mot à mot n’est pas toujours mauvais : dans trois expériences publiées en 2013, Bui, Myerson et Hale ont trouvé que la transcription sur ordinateur, suivie d’un temps pour étudier ses notes, donnait un meilleur rappel différé que des notes organisées. La relecture change la donne.

Et le papier contre le clavier ? Nous avons déjà résumé ce débat, de l’étude de Mueller et Oppenheimer à la méta-analyse de Flanigan et ses collègues (2024), dans notre guide du planning hebdomadaire. À retenir ici : l’avantage du papier est faible, et il grandit quand on relit ses notes.

Prise de notes : trois résultats à retenir
d = 0,22effet moyen de la seule prise de notes, sur 57 étudesKobayashi, 2005
67 % contre 45 %bonnes réponses une semaine après, rappel libre contre carte conceptuelleKarpicke et Blunt, 2011
55 études5 818 participants : les cartes conceptuelles sont associées à une meilleure rétentionNesbit et Adesope, 2006

Le modèle Cornell à recopier

Recopiez ce gabarit sur une page de cahier, ou collez-le dans votre application de notes. Les questions de gauche s’écrivent après la séance, idéalement le jour même.

Sujet : ______________________   Date : ____/____/______
Source : cours / réunion / livre / rendez-vous

+-------------------+-------------------------------------------+
| QUESTIONS / MOTS  | NOTES (pendant la séance)                 |
| (après la séance) |                                           |
|                   | - une idée par ligne                      |
| Quoi ?            | - abréviations : ex., cf., vs, env.       |
| Pourquoi ?        | - chiffres et noms exacts                 |
| Qui fait quoi ?   | - laissez une ligne vide entre les blocs  |
|                   |                                           |
+-------------------+-------------------------------------------+
| RÉSUMÉ (2 ou 3 phrases, écrites de mémoire) :                 |
|                                                               |
| ACTIONS : quoi / qui / pour quand                             |
+---------------------------------------------------------------+

Révision : cachez la colonne de droite et répondez à voix haute
aux questions de gauche. Refaites-le le lendemain, puis une semaine plus tard.

En réunion et dans la vie courante

La plupart des conseils de prise de notes visent les étudiants. Pourtant, vous prenez des notes toute la semaine : chez le médecin, avec le conseiller bancaire, en réunion de parents d’élèves, au téléphone avec le service client. Ici, le but n’est pas de réviser, mais de ne rien laisser tomber.

Trois règles suffisent :

  1. Commencez par le contexte. Date, personnes présentes, sujet. « 12 mars, Dr Mensah, suivi tension ». Sans cela, la note est inutilisable six mois plus tard.
  2. Séparez les faits des actions. Écrivez les informations au fil de l’eau (méthode des phrases), puis terminez par un bloc « Actions » : ce qu’il faut faire, qui le fait, pour quand. Une action sans responsable ni date est un souhait.
  3. Sortez les actions de la note dans les deux heures. Une échéance reste dans un cahier fermé ; transformez-la en rappel daté ou en tâche de votre liste de choses à faire. Les numéros de dossier, références de contrat ou pointures vont dans un endroit où vous les retrouverez, comme le décrit notre guide du second cerveau.

Pour une réunion d’équipe, la dernière minute est la plus rentable : relisez les actions à voix haute et faites confirmer chaque responsable. Envoyez ensuite ce seul bloc à tous, pas vos notes complètes.

Relire en 10 minutes : la routine qui fait la différence

Vos notes ne servent à rien si vous ne les rouvrez jamais. Une routine courte, calée sur un moment fixe, suffit.

  1. Le soir même (5 min). Complétez les trous tant que c’est frais, écrivez les questions dans la marge et un résumé de deux phrases.
  2. Tout de suite après (2 min). Sortez les actions : chaque échéance devient un rappel daté, chaque info pratique va dans votre mémoire.
  3. Le lendemain (3 min). Cachez les notes, répondez aux questions de la marge. Soulignez ce que vous avez raté.
  4. Une semaine plus tard. Même exercice sur les seules questions ratées. Pour un examen, recommencez avant l’épreuve.

Les étapes 3 et 4 appliquent le rappel libre étudié par Karpicke et Blunt : se tester plutôt que relire passivement.

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Après le rendez-vous chez le pédiatre
Mon binômeBinome360

Souviens-toi que le prochain vaccin d’Awa est le ROR, et rappelle-moi le 4 mai à 9 h de prendre rendez-vous

C’est préparé : un fait en mémoire et un rappel. Je les enregistre ?

MémoireProchain vaccin d’AwaRORConfirmerModifier
Rappel4 mai, 9 hPrendre rendez-vous chez le pédiatreConfirmerModifier

Plus tard, demandez « quel est le prochain vaccin d’Awa ? ». Rien n’est enregistré sans votre accord.

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Questions fréquentes

Quelle est la méthode de prise de notes la plus efficace ?

Aucune ne gagne partout. La méthode Cornell a l’avantage d’intégrer la relecture active (questions et résumé), ce qui correspond à ce que la recherche soutient le mieux. Pour comparer des options, le tableau est plus clair ; pour un échange rapide et désordonné, les phrases courtes sont plus sûres.

Comment prendre des notes rapidement ?

Écrivez des idées, pas des phrases complètes, et adoptez une dizaine d’abréviations fixes (ex., cf., vs, env., qqch, pb). Laissez des blancs entre les blocs pour compléter plus tard. Ne cherchez pas la structure pendant l’écoute : ajoutez-la le soir même.

La carte mentale est-elle efficace ?

Elle aide, surtout pour voir les liens entre les idées. Une méta-analyse de Nesbit et Adesope (2006, 55 études, 5 818 participants) associe les cartes conceptuelles à une meilleure rétention, avec des effets variables. Mais dans l’expérience de Karpicke et Blunt, se tester de mémoire faisait mieux que construire une carte à temps égal.

Faut-il recopier ses notes au propre ?

Recopier à l’identique prend du temps pour peu de bénéfice. Réécrire en reformulant, en posant des questions ou en résumant de mémoire est plus utile, car vous faites travailler votre mémoire au lieu de la recopier.

En résumé

Choisissez la méthode selon ce que vous écoutez : plan ou Cornell pour un contenu structuré, tableau pour comparer, phrases pour ce qui va vite. Le vrai gain vient après : poser des questions, se tester de mémoire, et transformer chaque action en rappel daté.

Première action : à votre prochaine réunion ou prochain cours, tracez la colonne de gauche et le bandeau de résumé du modèle Cornell, et remplissez-les le soir même.

Sources

  • Walter Pauk, How to Study in College, Houghton Mifflin, 1962 (1re édition) ; éditions ultérieures avec Ross J. Q. Owens.
  • Cornell University, « Take Note: Popular Study Method has ‘Cornell’ Written All Over It », Cornellians : alumni.cornell.edu/cornellians/cornell-notes.
  • Cornell University Learning Strategies Center, « The Cornell Note Taking System » : lsc.cornell.edu.
  • University of Cincinnati Learning Commons, « The Cornell Method for Note-Taking » (dimensions des colonnes) : uc.edu.
  • Rutgers Learning Centers, « Note Taking Systems », 2013 : learningcenters.rutgers.edu.
  • Tony Buzan, Use Your Head, BBC, 1974 (série télévisée et livre).
  • Harold Pashler, Mark McDaniel, Doug Rohrer et Robert Bjork, « Learning Styles: Concepts and Evidence », Psychological Science in the Public Interest, 9(3), 105-119, 2008 : doi.org/10.1111/j.1539-6053.2009.01038.x.
  • Kenneth A. Kiewra, « Investigating Notetaking and Review: A Depth of Processing Alternative », Educational Psychologist, 20(1), 23-32, 1985 : doi.org/10.1207/s15326985ep2001_4.
  • Kenneth A. Kiewra, « Providing the Instructor’s Notes: An Effective Addition to Student Notetaking », Educational Psychologist, 20(1), 33-39, 1985 : doi.org/10.1207/s15326985ep2001_5.
  • K. Kobayashi, « What limits the encoding effect of note-taking? A meta-analytic examination », Contemporary Educational Psychology, 30(2), 242-262, 2005 : doi.org/10.1016/j.cedpsych.2004.10.001.
  • K. Kobayashi, « Combined Effects of Note-Taking/-Reviewing on Learning and the Enhancement through Interventions: A meta-analytic review », Educational Psychology, 26(3), 459-477, 2006 : doi.org/10.1080/01443410500342070.
  • Jeffrey D. Karpicke et Janell R. Blunt, « Retrieval Practice Produces More Learning than Elaborative Studying with Concept Mapping », Science, 331(6018), 772-775, 2011 : doi.org/10.1126/science.1199327.
  • Dung C. Bui, Joel Myerson et Sandra Hale, « Note-taking with computers: Exploring alternative strategies for improved recall », Journal of Educational Psychology, 105(2), 299-309, 2013 : doi.org/10.1037/a0030367.
  • John C. Nesbit et Olusola O. Adesope, « Learning With Concept and Knowledge Maps: A Meta-Analysis », Review of Educational Research, 76(3), 413-448, 2006 : doi.org/10.3102/00346543076003413.
  • Abraham E. Flanigan et al., « Typed Versus Handwritten Lecture Notes and College Student Achievement: A Meta-Analysis », Educational Psychology Review, 36, 78, 2024 : doi.org/10.1007/s10648-024-09914-w.

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