Contrat de mariage : choisir son régime et parler d’argent avant de se marier

Se marier sans contrat, c’est déjà choisir un régime. Voici ce que chacun implique, ce que coûte un contrat et les questions d’argent à poser avant le oui.

  • En France, sans contrat de mariage, vous êtes marié sous la communauté réduite aux acquêts : ce que chacun possédait avant le mariage et ce qu’il reçoit par donation ou héritage reste à lui ; ce qui est acquis pendant le mariage, salaires compris, est commun.
  • Pour choisir un autre régime (séparation de biens, participation aux acquêts, communauté universelle ou communauté aménagée), il faut signer un contrat chez un notaire, avant la célébration, idéalement plusieurs semaines avant.
  • L’émolument du notaire est fixé à 188,68 € hors taxes quand les biens mentionnés au contrat valent jusqu’à 30 800 € ; au-delà, il est proportionnel. S’y ajoutent des frais d’enregistrement, de publicité et des taxes.
  • Le régime peut être changé plus tard, chez le notaire. Vos enfants majeurs et vos créanciers en sont informés et ont 3 mois pour s’y opposer.
  • Le Pacs n’est pas un mariage « allégé » pour l’argent : séparation des patrimoines par défaut, pas d’héritage sans testament, pas de pension de réversion.

Cet article donne une information générale sur le droit français. Il ne remplace pas le conseil d’un notaire, qui a d’ailleurs une obligation de conseil envers vous.

Qu’est-ce qu’un régime matrimonial ?

Le régime matrimonial fixe les règles d’argent entre époux : à qui appartient chaque bien, qui peut le vendre, qui paie quelles dettes, et comment on partage si le mariage prend fin par un divorce ou un décès. Tous les couples mariés en ont un. Soit c’est le régime prévu par la loi, soit c’est celui qu’ils ont choisi par contrat.

Quel que soit le régime, certaines règles s’appliquent toujours : chacun contribue aux charges du mariage selon ses moyens, et les dettes pour l’entretien du ménage et l’éducation des enfants engagent les deux époux, sauf dépenses manifestement excessives au regard des revenus du ménage.

Sans contrat : la communauté réduite aux acquêts

C’est le régime légal, sans aucune formalité. Il distingue deux masses de biens.

Les biens propres restent à un seul époux :

  • ce qu’il possédait avant le mariage (un appartement, une épargne) ;
  • ce qu’il reçoit pendant le mariage par donation ou succession ;
  • certains biens personnels : vêtements, indemnités pour un préjudice corporel, certains outils professionnels ;
  • un bien acheté pendant le mariage avec de l’argent propre, à condition que l’origine des fonds soit déclarée dans l’acte d’achat.

Les biens communs appartiennent aux deux, chacun pour moitié : tout ce qui est acquis pendant le mariage, ensemble ou séparément, y compris les salaires, les pensions de retraite, les revenus de l’épargne et même les gains de jeux. Tout bien est présumé commun, sauf preuve contraire.

Côté dettes : un emprunt souscrit seul n’engage que vos biens propres et vos revenus, sauf s’il s’agit d’une somme modeste nécessaire à la vie courante, ou si votre époux a donné son consentement exprès. À la fin du mariage, les biens communs sont partagés par moitié, après les comptes entre la communauté et les biens propres de chacun.

Exemple : Inès possède un studio avant le mariage ; Paul et elle achètent ensuite une maison avec leurs salaires. En cas de divorce, le studio reste à Inès, la maison est partagée par moitié. Si Paul hérite de 40 000 € de sa grand-mère, cet héritage reste à lui.

Les régimes que l’on peut choisir par contrat

RégimePendant le mariageÀ la fin (divorce ou décès)
Communauté réduite aux acquêts (sans contrat)Biens d’avant et héritages propres ; acquisitions pendant le mariage communesBiens communs partagés par moitié
Séparation de biensChacun seul propriétaire de ses biens et seul tenu de ses dettes personnellesChacun reprend ses biens ; les achats à deux sont en indivision
Participation aux acquêtsFonctionne comme une séparation de biensL’enrichissement de chacun est calculé et partagé équitablement
Communauté universelleTous les biens, présents et à venir, sont communsPartage, ou tout au survivant avec une clause d’attribution intégrale

Communauté réduite aux acquêts (sans contrat)

Pendant le mariageBiens d’avant et héritages propres ; acquisitions pendant le mariage communes

À la fin (divorce ou décès)Biens communs partagés par moitié

Séparation de biens

Pendant le mariageChacun seul propriétaire de ses biens et seul tenu de ses dettes personnelles

À la fin (divorce ou décès)Chacun reprend ses biens ; les achats à deux sont en indivision

Participation aux acquêts

Pendant le mariageFonctionne comme une séparation de biens

À la fin (divorce ou décès)L’enrichissement de chacun est calculé et partagé équitablement

Communauté universelle

Pendant le mariageTous les biens, présents et à venir, sont communs

À la fin (divorce ou décès)Partage, ou tout au survivant avec une clause d’attribution intégrale

  • La séparation de biens. Chacun garde l’administration et la libre disposition de ses biens. Seul celui qui s’endette est tenu, sauf pour les dettes du ménage et de l’éducation des enfants. Service-Public cite ce régime comme un moyen de limiter les risques liés à une activité professionnelle. Le revers : le conjoint qui réduit son activité pour la famille ne profite pas de l’enrichissement de l’autre.
  • La participation aux acquêts. Pendant le mariage, elle fonctionne comme une séparation de biens. À la dissolution, le notaire calcule l’enrichissement de chacun, et celui qui s’est le moins enrichi a droit à une créance pour équilibrer. Une version franco-allemande existe aussi.
  • La communauté universelle. Tous les biens, meubles ou immeubles, présents et à venir, sont communs. Revers de la médaille : les créanciers peuvent se faire payer sur l’ensemble du patrimoine. Elle s’accompagne souvent d’une clause d’attribution intégrale au conjoint survivant, qui lui transmet toute la communauté au décès. Le notaire doit vous en expliquer les effets, notamment sur les enfants.
  • La communauté aménagée. Vous gardez un régime de communauté en changeant certaines clauses : partage inégal des biens communs, ou possibilité pour l’un de racheter tout ou partie des biens de l’autre selon un prix ou des règles fixés d’avance.

Faire un contrat de mariage : étapes et coût

Du premier rendez-vous au mariage
  1. 1
    Prendre rendez-vous tôtPlusieurs semaines avant la date : le contrat doit être signé avant la célébration.
  2. 2
    Préparer vos informationsPatrimoine de chacun, dettes, enfants communs ou non, situations professionnelles, nationalités.
  3. 3
    Écouter le conseil du notaireIl compare les régimes pour votre cas et propose une rédaction.
  4. 4
    Signer l’acteLe notaire vous remet un certificat à donner à la mairie avant le mariage.
  5. 5
    Garder une copieRangez l’acte avec vos papiers importants et notez où il se trouve.
Si l’un de vous n’est pas de nationalité française ou si vous vivez à l’étranger, dites-le dès le premier rendez-vous : la loi applicable peut changer.

Le coût dépend de l’importance et de la nature des biens mentionnés dans le contrat. Vous payez dans tous les cas les émoluments du notaire, des frais de procédure (droit d’enregistrement, copie) et de publicité, et des taxes. Quand la valeur des biens mentionnés ne dépasse pas 30 800 €, l’émolument est fixé à 188,68 € hors taxes ; au-delà, il est proportionnel à cette valeur. Demandez un devis écrit au notaire avant de signer.

La nationalité compte vraiment : Service-Public insiste sur le risque de conflit entre les lois des pays d’origine et sur les conséquences civiles et fiscales. Les régimes par défaut diffèrent d’un pays à l’autre. En Belgique, sans contrat, c’est un régime de communauté avec patrimoine propre et patrimoine commun. En Suisse, c’est la participation aux acquêts. Au Québec, c’est la société d’acquêts, à laquelle s’ajoutent les règles du patrimoine familial.

Changer de régime après le mariage

Le régime n’est pas figé. Vous pouvez le modifier ou en changer, par exemple pour mieux protéger votre conjoint ou pour séparer vos biens avant de lancer une activité à risque. Trois conditions : l’intérêt de la famille, le consentement des deux époux et le passage chez un notaire.

  • Vos enfants majeurs sont informés personnellement, par lettre recommandée ou par commissaire de justice, et ont 3 mois pour s’opposer.
  • Vos créanciers sont informés par un avis dans un journal d’annonces légales et ont aussi 3 mois.
  • En cas d’opposition, il faut demander l’homologation du changement au tribunal, avec un avocat.
  • Si vous avez des enfants mineurs, le notaire vérifie que leurs intérêts sont préservés et peut saisir le juge s’il estime que le changement leur porte un préjudice grave.

Le coût varie selon la valeur des biens, surtout si l’ancien régime doit être liquidé.

Mariage ou Pacs : ce qui change pour l’argent

MariagePacs
Régime par défautCommunauté réduite aux acquêtsSéparation des patrimoines (Pacs conclu depuis le 1er janvier 2007), ou indivision sur option
Dettes de la vie couranteSolidairesSolidaires
Impôt sur le revenuDéclaration communeDéclaration commune
HéritageLe conjoint survivant est héritier, protégé par la loiLe partenaire n’hérite que par testament
Droits de successionExonéréExonéré
Pension de réversionPossible, sous conditionsNon

Régime par défaut

MariageCommunauté réduite aux acquêts

PacsSéparation des patrimoines (Pacs conclu depuis le 1er janvier 2007), ou indivision sur option

Dettes de la vie courante

MariageSolidaires

PacsSolidaires

Impôt sur le revenu

MariageDéclaration commune

PacsDéclaration commune

Héritage

MariageLe conjoint survivant est héritier, protégé par la loi

PacsLe partenaire n’hérite que par testament

Droits de succession

MariageExonéré

PacsExonéré

Pension de réversion

MariagePossible, sous conditions

PacsNon

Le point le plus souvent ignoré : un partenaire de Pacs sans testament n’hérite de rien, même après vingt ans de vie commune. Si vous vous pacsez, voyez un notaire pour le testament et vérifiez les bénéficiaires de vos assurances-vie.

Parler d’argent avant de se marier

Le contrat de mariage est un bon prétexte pour une conversation que beaucoup de couples repoussent. Elle se passe mieux au calme, loin d’une dispute, avec des chiffres sur la table.

Les sujets d’argent à aborder avant le oui
  • Revenus de chacun, stabilité de l’emploi, projets professionnels (créer une entreprise ?)
  • Dettes en cours : crédits, découverts, cautions données pour un proche
  • Épargne et biens de chacun, héritages ou donations attendus
  • Organisation des dépenses : tout en commun, compte joint plus comptes perso, ou au prorata
  • Aide à la famille : parents, frères et sœurs, argent envoyé au pays
  • Projets à cinq ans : logement, enfants, études, voyages
  • Qui réduit son activité si besoin, et comment compenser, y compris pour la retraite
  • Protection en cas de décès : testament, bénéficiaires d’assurance-vie, conseil du notaire
  • Rendez-vous chez le notaire pour choisir le régime
Pas besoin de tout régler en une soirée. Cochez un sujet par semaine avant le mariage.

Pour la question du budget au quotidien, voyez les trois modèles de budget de couple, et pour les démarches qui suivent le mariage, l’argent à chaque étape de la vie.

Une fois les décisions prises, notez-les à un endroit que vous retrouverez tous les deux. Dans un assistant partagé Binome360, chacun peut ajouter depuis son téléphone :

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Retiens que notre contrat de mariage (séparation de biens) a été signé le 12 mars, copie dans le classeur bleu

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Questions fréquentes

Faut-il obligatoirement faire un contrat de mariage ?

Non. Sans contrat, vous êtes marié sous la communauté réduite aux acquêts. Le contrat n’est nécessaire que si vous voulez un autre régime ou aménager celui-ci.

Combien coûte un contrat de mariage chez le notaire ?

L’émolument du notaire est de 188,68 € hors taxes si les biens mentionnés valent jusqu’à 30 800 €, puis proportionnel au-delà. Il faut ajouter les frais d’enregistrement, de publicité et les taxes. Demandez un devis.

Quel régime matrimonial choisir quand on est entrepreneur ?

La séparation de biens est souvent envisagée pour limiter l’exposition du conjoint aux risques de l’activité. La participation aux acquêts peut offrir un compromis, avec un partage de l’enrichissement à la fin. Le choix dépend de votre situation : c’est le rôle du notaire.

Peut-on changer de régime matrimonial ?

Oui, chez un notaire, avec le consentement des deux époux et dans l’intérêt de la famille. Les enfants majeurs et les créanciers peuvent s’y opposer dans les 3 mois ; en cas d’opposition, un juge doit homologuer le changement.

Mariage ou Pacs, lequel protège le mieux ?

Pour l’héritage et la pension de réversion, le mariage protège davantage : le partenaire de Pacs n’hérite que par testament et n’a pas droit à la réversion. Les deux statuts donnent une déclaration d’impôt commune et l’exonération de droits de succession entre partenaires ou époux.

En résumé

Se marier sans contrat, c’est choisir la communauté réduite aux acquêts. Si ce régime ne vous convient pas, un notaire peut rédiger un contrat avant la célébration, pour un coût qui dépend de vos biens, et vous pourrez encore en changer plus tard. Première action : faites ensemble la liste de ce que chacun possède et doit, puis prenez rendez-vous chez un notaire au moins quelques semaines avant la date.

Sources

Également disponible en English.